5e sommet UE-Afrique : Abidjan va-t-il apporter un nouveau souffle à la coopération ?

Doit-on s’attendre à un nouvel élan dans la coopération entre l’Union européenne et le continent africain ? L’intérêt que suscite, déjà, le sommet d’Abidjan qui se tiendra les 29 et 30 novembre prochain, le présage. Déjà, le 10 mars 2017, au sortir d’une audience avec le vice-président de la République de Côte d’Ivoire, Daniel Kablan Duncan, l’Ambassadeur de la France en Côte d’Ivoire, Jean-François Valette, relevait «l’importance de ce sommet qui sera consacré à la jeunesse et à l’emploi des jeunes ».

Par ailleurs, le président de la Commission de l’Union africaine (Ua), le Tchadien Moussa Takri, au sortir d’une audience que le président ivoirien, Alassane Ouattara, lui a accordée à New York, soulignait que « cet important rendez-vous permettra aux deux institutions (Ue et Ua) de revisiter leur coopération ». Abidjan, la capitale ivoirienne,  sera donc l’occasion de débattre de ce que « l’Afrique considère comme enjeux pour elle, notamment la paix, le développement et l’emploi », a-t-il ajouté. L’activisme des migrants africains vers l’Europe, constitués majoritairement de jeunes subsahariens fuyant pour certains des guerres récurrentes, pour d’autres la misère liée au climat défavorable de leurs pays, ou l’offre insuffisante d’emplois décents ainsi qu’aux défis économiques, etc., donne à ce sommet toute son importance.

Le Pnud tire la sonnette d’alarme

Sur la question de l’emploi décent, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) avait déjà tiré la sonnette d’alarme (cf. rapport sur le développement humain, 2013) comme devant être une priorité des gouvernements africains, si l’on veut éviter une bombe à retardement sociale ou une migration massive vers des nations considérées comme une oasis dans un désert de pauvreté. D’ailleurs, le 4e sommet Ue-Afrique, conscient de cet enjeu, recommandait la promotion du développement du capital humain et de sociétés et d’économies fondées sur la connaissance et les compétences, notamment en renforçant les liens entre éducation, formation, sciences et innovation, et une meilleure gestion de la mobilité des personnes. L’Afrique des atouts et des défis !

A ce qui précède, se greffe l’enjeu que représente, désormais, le continent pour les grandes puissances pour la survie même de leurs industries, mais aussi pour des pays émergents comme la Chine, l’Inde, la Turquie et autres. Parce que de nombreux spécialistes ou experts en matière de veille stratégique et d’intelligence économique considèrent l’Afrique comme l’avenir du monde au regard de ses nombreuses potentialités non exploitées ou insuffisamment, en termes de ressources naturelles et agricoles.

Le continent est et sera davantage un débouché avec sa demande croissante en biens et services, favorisée par sa démographie croissante. Des sommets tels que « Chine-Afrique » avec son concept de partenariat gagnant-gagnant, « Inde-Afrique », « Turquie-Afrique », « Japon-Afrique », etc., montrent, s’il en était encore besoin, que l’Afrique est au coeur de toutes les attentions en matière de partenariat, de toutes les convoitises aussi.

Un pas franchi au Caire en Egypte

Le nouveau paradigme de partenariat commence en 2000. C’est au Caire (Egypte) qu’un pas a été franchi. Aux sommets France-Afrique et à ceux du Commonwealth, axés sur le partage de la même langue et de la culture (avec une ouverture à d’autres pays) et pilotés, d’une part par la France, et d’autre part par la Grande Bretagne, va émerger et se développer un dialogue UE-Afrique. Les relations de l’Europe avec l’Afrique, profondément enracinées dans l’histoire, vont progressivement évoluer vers un partenariat solide. Depuis le premier Sommet historique Ue-Afrique au Caire en 2000, le partenariat Afrique-UE a été renforcé, des changements considérables ont eu lieu dans les deux continents. Des processus de démocratisation et de réformes ont été lancés et sont en cours d’approfondissement dans les deux continents.

Les efforts se sont poursuivis en Afrique et en Europe afin de régler les conflits et les situations de crise, tout en recherchant à renforcer les types de coopération qui transcendent la dimension politique pour miser beaucoup plus sur la création de richesses par la mobilisation des investissements privés en direction du continent noir. Les accords de partenariat économique (APE) s’inscrivent, entre autres, dans cette nouvelle dynamique. Dans le même temps, les processus d’intégration sur les deux continents ont accéléré – d’une part, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) a été transformée en Union africaine (UA) avec son programme socio-économique, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) et, d’autre part, l’Union européenne (UE) a presque doublé de taille et est en train d’approfondir sa structure.

Remodeler et approfondir le partenariat face aux nouveaux défis internationaux et l’accélération de la mondialisation

Le monde a également changé : de nouveaux défis internationaux et mondiaux sont apparus, la mondialisation s’est accélérée et le monde est devenu de plus en plus interdépendant. Sept ans après le premier sommet Ue-Afrique, et en raison de changements institutionnels en Afrique et en Europe (dont il faut tenir compte), le Sommet d’Abidjan pourrait accoucher d’une stratégie commune entre les deux blocs (Union européenne et Afrique) au plan économique et sécuritaire pour affronter les grands défis de la pauvreté, du terrorisme, du développement.

Il s’agit de parvenir à sédentariser la jeunesse africaine en créant les meilleures conditions d’épanouissement par des investissements productifs, une gouvernance judicieuse. Faut-il rappeler que dans ce paysage mondial en mutation rapide, l’Afrique connaît de profonds changements économiques, politiques et sociaux. Elle revêt une importance pour la sécurité intérieure et extérieure mais aussi la prospérité de l’Europe.  L’Europe et l’Afrique ont tout à gagner d’un renforcement de leurs liens politiques et économiques. Elles ont aussi, de l’avis des analystes, beaucoup à perdre si elles n’agissent pas. Le 5e sommet Afrique-UE d’Abidjan constitue l’occasion pour les dirigeants africains et européens de répondre à ce contexte en mutation afin de remodeler et approfondir le partenariat.

Source :  Hwww.fratmat.info