C’est phénoménal ! Les panneaux solaires s’étalent sur 55 hectares. le Burkina Faso inaugure la plus grosse centrale photovoltaïque d’Afrique de l’Ouest 

La centrale solaire de Zagtouli, à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, fut inaugurée en présence d’Emmanuel Macron. C’est la plus grosse centrale photovoltaïque d’Afrique de l’Ouest et la France a largement participé à son financement.

L’énergie solaire est la priorité numéro un du moment au Burkina Faso. Le pays est en effet totalement dépendant de ses voisins en matière d’énergie et sa population est en grande majorité privée d’électricité. Aussi, mercredi 29 novembre, le président français Emmanuel Macron, en visite dans le pays, inaugura la centrale solaire de Zagtouli située à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou, la capitale.

130 000 panneaux solaires 

Il s’agit de la plus grosse centrale photovoltaïque d’Afrique de l’Ouest. Pour le Burkina Faso, cette centrale solaire de 33 mégawatts est une première. Nana Saïdou est très fier. Ce responsable de la Sonabel, l’entreprise nationale d’électricité, admire sous une chaleur écrasante les 130 000 panneaux solaires installés ici en quelques mois. « La centrale doit durer 25 à 30 ans, explique-t-il.

« Avec le changement climatique, nous avons mis la barre très haut, les panneaux s’étalent sur 55 hectares ! C’est vraiment phénoménal. »

Cette centrale est un projet phare pour le Burkina car aujourd’hui ce petit pays enclavé est obligé d’importer du pétrole pour alimenter ses centrales thermiques. C’est un gouffre financier et un non-sens environnemental. « L’énergie produite par la centrale solaire coûtera environ 45 francs CFA (7 centimes d’euro) le kilowatt/heure (KWH), soit trois fois moins cher que l’électricité produite par les centrales thermiques, qui coûte 145 francs CFA ».

Un impact sur la population burkinabé et au-delà

Construite en moins d’un an, elle est aussi un modèle pour la région et pour le Sahel en particulier, estime Quentin Lebègue de l’Agence française du développement, qui finance en partie cette centrale. L’enjeu dépasse les frontières, souligne-t-il. « Quand cette centrale a été imaginée il y a six ou sept ans, parler de 20, puis de 30 mégawatts au Burkina Faso paraissait un pari un peu fou. Or, la centrale a été construite en un an, pour un coût beaucoup moins élevé que prévu. » « Cette centrale, prédit-il, aura un impact au-delà du Burkina et montrera aux pays voisins que c’est facile. Le pétrole coûte très cher. »

La centrale ne couvre aujourd’hui qu’une petite partie des besoins du Burkina Faso en électricité, mais c’est une première étape. Dans ce pays où moins de 20% de la population dispose de courant, les attentes sont très fortes. Ainsi, au nord du pays, dans la région de Ouahigouya, une ligne à haute tension vient d’arriver et la vie a changé. À la tombée de la nuit, lorsque les lampadaires éclairent la petite ville de Gourcy, les habitants n’ont plus peur. Les femmes vont au puits, même tard, et elles peuvent travailler dans leur maison. « Avec l’éclairage, nous sommes davantage en sécurité, témoigne l’une d’entre elles.

Une habitante de Gourcy, dans la région de Ouahigouya se confie : « On arrive à suivre la télévision et à s’informer. On peut aussi développer de petits commerces. À tout moment, je peux allumer la lumière et travailler correctement. »

Un peu plus au nord, tout près de la frontière avec le Mali – cette région a été placée en zone rouge à cause du risque terroriste – la plupart des familles n’ont pas d’électricité. Certaines ont manifesté leur colère dans la rue. « Les lotissements datent de 2004, explique un habitant. Treize ans après, c’était trop. Les phénomènes d’insécurité grandissants inquiétaient la population. Grâce à l’électrification, les gens circulent maintenant en toute liberté. »

Un défi énergétique colossal

Dans cette région de Ouahigouya, où habitent un peu plus d’un million de personnes, on ne compte que 18 000 abonnés. L’électrification est un défi énorme. Si le gouvernement souhaite que la moitié de la population soit couverte dans les prochaines années, cette centrale solaire de Zagtouli n’est qu’une première pierre posée à l’édifice car les besoins sont bien supérieurs. Pour réellement devenir un champion du solaire, le Burkina devra notamment construire de nouvelles centrales solaires capables de stocker l’énergie.

Si la centrale de Zagtouli a coûté 30 millions d’euros, le pays a besoin du double. Ces dernières années, le pays a dû importer environ 30% de son électricité de Côte d’Ivoire, mais l’énergie solaire pourrait aider le pays à devenir autosuffisant. Au regard de l’aubaine que constitue l’énergie solaire pour le Burkina Faso, une extension de 17 MW est prévue sur le site de Zagtouli, pour atteindre une production totale de 50 MW. D’autres projets sont prévus, notamment deux centrales solaires à Koudougou (20 MW) et à Kaya (10 MW).

Source : France Info