Cosumaf : un marché financier de l’Afrique centrale en phase embryonnaire, mais un énorme potentiel peu exploité

La Commission de Surveillance du marché Financier de l’Afrique Centrale (Cosumaf) s’est réunie en session ordinaire le 14 juin dernier, au siège de la Beac de Libreville, sous la présidence de Rafaël Tung Nsue. Le Collège de la Cosumaf a statué sur la situation du marché financier en Afrique centrale, le suivi des acteurs de marché, l’évolution de l’emprunt obligataire de plus de 98 milliards récemment émis par appel public à l’épargne de l’Etat gabonais et dénommé « EOG 6,5% Net 2016-2025 ». Cette opération, autorisée par l’organe de régulation du marché financier de la Cemac (Cosumaf), a connu un franc succès auprès des investisseurs de la sous-région. A la fin de la période de souscription, il ressort un montant de fonds levés de plus de 134, 942 milliards de francs CFA contre 98 milliards de francs CFA sollicités, soit une souscription additionnelle de 36,95 milliards de nos francs.

Le Collège a, d’une part, examiné les dossiers des contentieux qui lui ont été présentés, et, d’autre part, l’autorisation de l’exercice des activités d’intermédiation sur le marché financier régional. Au terme de l’examen du dossier des activités d’intermédiation, le Collège a décidé d’agréer la société financière CBT-Bourse Tchad en qualité de société de bourse et son directeur général, Bertrand Tognia, comme dirigeant de ladite société. Par ailleurs, le Collège a été informé de l’admission de la Cosumaf, en novembre 2015, en qualité de membre ordinaire de l’Organisation Internationale des Commissions des Valeurs (OICV). Cette adhésion a été confirmée par une signature, le 11 mai 2016 à Lima au Pérou, du président du Mémorandum multilatéral portant sur la coopération et l’échange d’informations (MMOU) dans le cadre de l’OICV. Le président de la Cosumaf, Rafaël Tung Nsue, a rappelé aux commissaires l’importance d’appartenir à une structure qui regroupe un peu plus d’une centaine de pays respectant la réglementation de manière optimale.

« Nous allons militer pour que les petits pays puissent bénéficier de l’expertise des majors dans ce secteur de la supervision des marchés »

Autre motif de satisfaction, Rafaël Tung Nsue Bilogo assure, pour les deux prochaines années, la présidence de l’Institut francophone de la régulation financière (IFREFI). Son plan d’action, en étroite collaboration avec le secrétariat de cette organisation assuré par l’Autorité des marchés financiers (AMF), consistera en la consolidation de cette organisation avec plus d’ambitions et beaucoup plus d’ouverture. « Nous entendons ouvrir les portes de cette institution à d’autres pays comme le Vietnam, la Roumanie, Andorre, et bien d’autres qui ne sont pas dans l’espace francophone et qui ont manifesté leur intention d’y adhérer. Nous allons donc formaliser leur entrée avec l’appui bien sûr du secrétariat. En plus, nous allons militer pour une assiduité au sein de cette organisation, pour que les petits pays puissent bénéficier de l’expertise des majors dans ce secteur de la supervision des marchés », affirme le président de la Cosumaf.

Ce dernier a fait un bref compte rendu des travaux du Forum sur le développement financier de l’Afrique centrale (FODEMAF), tenu en février dernier à Malabo. Un forum qualifié d’acquis précieux, car « le marché financier de l’Afrique centrale, étant encore en phase embryonnaire, il est donc question pour nous de mettre en place un plan d’action pour approfondir son développement. Raison pour laquelle nous avons fait appel aux financements de la Banque mondiale, mais aussi à un cabinet conseils qui a réalisé une étude sur le potentiel de marché de la zone Cemac », a-t-il révélé.

Selon cette étude réalisée par le Cabinet conseil Roland Berger, il est possible d’atteindre 2000 milliards de francs CFA en levée de fonds par an en Afrique centrale. Malheureusement, beaucoup d’obstacles restent encore à franchir. « Effectivement, il suffirait tout simplement que nos acteurs financiers et boursiers soient sensibilisés. Et que les émetteurs, aussi bien que les investisseurs, le soient aussi. C’est pourquoi, à l’issue de la restitution de cette étude, nous avons élaboré et défini un plan d’action qui va tout simplement être sa mise en place. A ce sujet, nous retravaillons d’arrache-pied avec le cabinet », a indiqué le président de la Cosumaf.

Le plus important, c’est le développement et la maturation du marché financier

Au sujet de la fusion de DSX et de la BVMAC, le président Rafaël Tung Nsue Bilogo a précisé que « l’étude qui a été faite met en bonne place la conciliation des deux bourses. Nous en sommes à une phase d’échanges avec le gouverneur de la BEAC qui été chargé d‘étudier la question avec l’ensemble des acteurs sur ce sujet, en vue de mettre en œuvre cette décision prise par les chefs d’Etat en 2012 à Brazzaville visant à un rapprochement rapides des places boursières. Qu’à cela ne tienne et malgré les pesanteurs, les dirigeants deux bourses et la Cosumaf, ainsi que les représentants des Etats, échangent depuis un certain temps sur les enjeux et les modalités de la conciliation de ces deux établissements boursiers ».

Mais au-delà de la fusion des deux bourses de la zone Cemac, ce qui importe pour Rafaël Tung Nsue : «C’est d’abord le développement et la maturation du marché financier. Il faut à cet effet qu’il y ait de plus en plus d’entreprises qui viennent en bourse, et qu’elles soient persuadées des bienfaits du marché boursier et financier qui constitue les meilleurs instruments de financement des entreprises, à cause de leur transparence. Nous pensons à notre niveau que l’action prioritaire qui nous est demandée, c’est de solliciter l’aide des autorités des pays de la sous-région pour qu’elles puissent privilégier le marché boursier », a conclu Raphaël Tung Nsue Bilogo.

La Rédaction