Forum AGOA de Lomé : comment doper les exportations africaines aux Etats-Unis?

Trente-huit pays africains au sud du Sahara et leurs partenaires américains se sont retrouvés à Lomé après le 15ème Forum de Libreville au Gabon, pour évoquer l’avenir de l’AGOA, la loi sur la croissance économique en Afrique. Trois jours de forum pour faire le bilan du dispositif  qui exonère près de 6 500 produits africains de droits de douane aux Etats-Unis. Ce sont environ 1000 représentants qui se sont réunis à Lomé, capitale du Togo pour trouver les moyens de maximiser les avantages de cette loi. Le Togo, pays organisateur du forum, part de très loin. Pour les autorités togolaises, ce 16ème forum AGOA 2017 de Lomé est une opportunité pour mettre en exergue le pays comme un couloir économique et commercial important au niveau de la sous-région ouest-africaine.

Quant à l’administration Trump, elle s’est voulue rassurante : elle ne veut pas remettre en cause l’AGOA. Pour preuve, la délégation des États-Unis est dirigée par le représentant américain pour le commerce extérieur, l’ambassadeur Robert Lighthizer et comprend de hauts cadres des départements d’État, de l’Agriculture, du Commerce, de l’Énergie, du Travail, des Transports, du Trésor, de l’USAID, de l’Agence des États-Unis pour le commerce et le développement, de même que du Millennium Challenge Corporation, de l’Overseas Private Investment Corporation et du Fonds des États-Unis pour le développement en Afrique, ainsi que des membres du Congrès américain de tous bords politiques et leurs équipes.

Ce qui était au cour des discussions, c’était trouver les moyens de doper les exportations africaines vers les Etats-Unis. C’est la toute première rencontre dans le cadre de l’AGOA depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. L’occasion de faire le bilan et surtout de s’assurer de l’avenir de la loi sur la croissance et les opportunités de développement économique en Afrique, mise en place en 2000 pour favoriser les exportations vers les Etats-Unis. Selon Florizelle Liser, présidente du Corporate Council on Africa, seul le Congrès peut mettre un terme à cette loi :

« La particularité de l’AGOA, c’est d’être une loi du Parlement américain, le Congrès. Elle a été votée en 2000 sous l’administration Clinton, renouvelée trois fois et elle est très soutenue à la fois par les républicains et les démocrates et donc aucun président ne peut supprimer l’AGOA : ça doit être fait au Congrès. »

200 millions de francs environ pour réaliser un kit d’exploitation des opportunités de l’AGOA

Pour encourager les initiatives des entreprises, l’Union économique et monétaire ouest-africaine, mettra des kits d’exploitation des opportunités de l’AGOA à la disposition des populations désireuses d’échanger avec les Etats-Unis, Christian-Emmanuel Sègbo, expert chargé de la promotion commerciale auprès de la commission de l’UEMOA : « Là où nous travaillons sur l’AGOA, la commission de l’UEMOA a mis ses ressources propres, environ 200 millions de francs CFA pour réaliser un kit d’exploitation des opportunités de l’AGOA. »

Cette loi sur la croissance et les opportunités de développement économique en Afrique prendra fin en 2025 et d’ici là, la Côte d’Ivoire entend profiter au maximum de cette facilité sur les huit prochaines années. Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du commerce, de l’artisanat et de la promotion des PME : « C’est toute une création de valeur dont nous allons profiter au cours de ces huit prochaines années afin que l’on ait le maximum de PME qui exportent en direction des Etats-Unis et profiter au maximum de cette franchise douanière qui est donnée par les Etats-Unis durant les huit prochaines années. »

Concrètement, l’AGOA est un vaste marché de consommation élaboré pour permettre aux producteurs africains dont les pays sont éligibles d’exporter leurs produits vers les États-Unis. Elle a pour objectif, entre autres, la promotion du commerce et des investissements entre les États-Unis et les pays africains au sud du Sahara, le développement économique et les réformes en Afrique subsaharienne et un plus grand accès aux opportunités entre les investisseurs américains et les entreprises africaines au sud du Sahara. En 2016, 38 pays d’Afrique subsaharienne étaient éligibles à l’AGOA et parmi eux, 27 pays sont éligibles aux bénéfices accordés aux produits textiles, rapportent les institutions en charge de la coordination de ce marché.

Les grandes attentes du Togo

Il s’agit pour le Togo, de donner une visibilité aux potentialités économiques du pays afin d’accroître les exportations vers les Etats-Unis. Dédé Ahoefa Ekué, ministre conseiller auprès du président de la République, présidente du comité national d’organisation du Forum : « C’est très important de noter que pour accroître ces exportations vers les Etats-Unis, nous devons activer les leviers actuellement sous-utilisés, notamment l’intégration en sous-régional, l’utilisation du potentiel agricole. Nous avons un investissement solide en matière d’infrastructures de transport qui doit nous permettre d’être plus compétitifs sur le marché américain ».

A ce forum, le secteur privé est bien représenté comme ces femmes de l’African Women Enterepreneurship program, (AWEP, sigle en anglais). Nadia k, créatrice de mode, est de la délégation de l’AWEP- Togo, une organisation au sein de laquelle les femmes sont organisées en groupement du même secteur et travail en synergie. « Nous attendons que l’on puisse mettre en place des outils techniques : en termes d’usines, d’équipements nécessaires pour pouvoir favoriser la production de masse. »

Ces représentants du secteur privé, de la société civile et du programme d’entrepreneuriat des femmes africaines (AWEP) et d’autres invités ont exploré « comment les pays peuvent continuer à maximiser les avantages de l’AGOA dans un paysage en rapide évolution économique » et « le rôle important joué par les femmes, la Société civile et le secteur privé pour promouvoir le commerce et générer de la prospérité ».

AGOA Côte d’Ivoire en 2019

Les exportations du Togo vers ce vaste marché américain sont infimes : seulement 1,23% des exportations du Togo bénéficient des avantages de l’AGOA à savoir l’entrée sur le marché américain sans droit de douane et pourtant les opportunités sont là ; il suffit d’y travailler pour rectifier le tir confie le président de la chambre du commerce et d’industrie du TOGO, Germain Méba. « Il y a de réelles opportunités à saisir. Pour promouvoir cela nos entreprises doivent être plus performantes comme aller vers de petites industries, créer des laboratoires pour être accepté par les Etats-Unis. »

Le karité, le cajou, le soja ou encore les fruits séchés tels l’ananas ou la mangue sont les produits agricoles sur lesquels le Togo entend développer la production pour doper les exportations vers le marché américain.

La Côte d’Ivoire abritera le 18e Forum de l’AGOA en 2019 après l’organisation du 17e forum à Washington l’an prochain. Les exportations africaines vers les Etats-Unis, en hausse depuis 2000 ont tout de même fléchi depuis 2013 à cause du repli des ventes de pétrole, il a fallu diversifier les exportations et privilégier les produits agricoles.

La Rédaction