Huile de palme contre pétrole : l’Indonésie propose un troc au Nigeria

L’Indonésie comme la Malaisie cherchent d’autres débouchés que l’Europe pour leur huile de palme. Quitte à proposer du troc à l’Afrique. En effet, l’huile de palme était à peine utilisée il y a une trentaine d’années, rappelle notre envoyée spéciale à Strasbourg, Joana Hostein. Aujourd’hui, elle est présente dans la moitié des produits emballés : margarine, chips, pâte à tartiner, cosmétiques, détergents et surtout dans les biocarburants. A tel point que l’Europe est devenue le deuxième importateur mondial de cette matière première.

Huile de palme contre pétrole

Problème : la production d’huile de palme est loin d’être sans conséquence sur l’environnement. Elle participe à la destruction de pans entiers de forêts tropicales dans les principaux pays producteurs, en Malaisie et en Indonésie notamment. Cette déforestation est à l’origine d’incendies source de pollution pour les populations locales. De nombreuses espèces animales perdent leur habitat naturel et sont donc menacées.

Huile de palme contre pétrole, c’est le troc que vient de proposer l’Indonésie au Nigeria. L’Afrique, pourtant berceau du palmier à huile, est aujourd’hui déficitaire en huile de palme. L’extension fulgurante des plantations dans toute l’Afrique de l’Ouest ne suffit pas pour le moment à combler la demande en cette huile, à la fois peu chère et partie intégrante des menus africains. Alors les producteurs asiatiques géants de l’huile de palme courtisent désormais l’Afrique.

Il s’agit pour l’Indonésie, mais aussi la Malaisie, de compenser la perte à venir d’une partie de leur principal marché après l’Inde, à savoir l’Europe. 16 % des débouchés indonésiens, 13 % des débouchés malaisiens. La mauvaise réputation de l’huile de palme, associée à la déforestation en Indonésie, a détourné les consommateurs européens des produits alimentaires ou d’hygiène qui en contiennent. Le biodiesel à base d’huile de palme pourrait aussi, comme le biodiesel à base d’huile de soja, être prochainement désigné dans la prochaine directive européenne comme plus émetteur de CO2 que le biodiesel à base de colza. L’Allemagne fait pression en ce sens.

On se souvient qu’en mai dernier, l’Indonésie, inquiète de voir se resserrer le débouché européen, avait fait un chantage aux Airbus après le vote du Parlement de Strasbourg qui souhaitait exclure d’ici à 2020 l’huile de palme non durable des achats européens. Jakarta s’était empressée le mois dernier de proposer de payer en huile de palme les onze avions de combat Sukkhoi en négociation avec la Russie.

Déforestation la plus rapide dans l’histoire de l’humanité en Indonésie

Cette fois, c’est donc l’Afrique qui se voit proposer un troc huile de palme contre pétrole par l’Indonésie. « Nous ne laisserons pas passer une seule tonne de demande potentielle d’huile de palme », a confié le vice-ministre indonésien des Affaires économiques à Reuters. Mais l’Indonésie devra compter avec la concurrence de la Malaisie, encore plus dépendante du marché mondial pour écouler l’huile de ses palmiers. Kuala Lumpur cherche également à compenser le coup de frein annoncé des importations européennes, en développant ses exportations vers la Birmanie, les Philippines, mais aussi l’Afrique de l’Ouest. Rapport Huile de palme

Par ailleurs, dans le rapport sur l’huile de palme et la déforestation des forêts tropicales humides qui alimente le débat au Parlement européen, les eurodéputés écrivent que les îles indonésiennes de Bornéo et Sumatra comptent parmi les exemples « de déforestation la plus rapide dans l’histoire de l’humanité ». Selon ce rapport, « les institutions financières européennes sont l’un des plus grands investisseurs dans ce secteur, et elles portent donc une part de responsabilité ». D’où l’importance, pour l’Union européenne et les Etats membres de s’attaquer au problème « de front », « en prenant des mesures qui permettront d’améliorer une situation actuellement critique ». Pour certains des eurodéputés qui ont débattu du sujet, il faut cesser d’utiliser cette huile bon marché dans les biocarburants d’ici à 2020.

Source :  www.rfi.fr