La croissance la plus faible depuis 1999

La situation de l’économie africaine ne doit pas être idéalisée pour autant. Depuis la crise financière de 2008, jamais la croissance n’a été aussi faible en Afrique subsaharienne. Et la situation ne va pas en s’améliorant. Alors que la croissance a difficilement atteint les 3,4% en 2015, elle devrait encore chuter en 2016, tombant à 2,6% selon les chiffres de la Coface (3% selon le FMI). Un niveau que l’économie subsaharienne n’avait plus connu depuis… 1999. Deux facteurs expliquent principalement cette régression selon la Coface : la chute continue du prix des matières premières depuis 2 ans – le pétrole a perdu 60% de sa valeur -, et le ralentissement de l’activité en Chine, dont l’économie est fortement imbriquée avec celle des pays africains. « On considère généralement qu’un point d’investissement en moins de la Chine, c’est 0,6 point de croissance en moins pour l’Afrique subsaharienne », explique Anne-Sophie Fèvre, économiste à la Coface.

Deux tendances de fond qui devraient peser durablement sur l’économie africaine. Dix pays ont été identifiés par la Coface comme les plus vulnérables au ralentissement chinois et à l’effondrement du prix des matières première. En tête des grands perdants, la République Démocratique du Congo et l’Angola qui devraient voir leur croissance respective baisser de 3,5 et 4,8 points. Plus épargnés, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Liberia, la Zambie, le Ghana et le Tchad souffriront tout de même des soubresauts de la crise économique. Face à la contraction de l’activité économique, certains pays ont puisé dans leurs réserves, d’autres ont tout simplement choisi de tailler dans les dépenses publiques en attendant des jours meilleurs.

Des motifs d’espérance

Plusieurs éléments permettent toutefois d’espérer. Et d’abord la consommation privée. «Les dépenses des ménages ont un poids important en Afrique subsaharienne », note Anne-Sophie Fèvre. Elles devraient rapidement rebondir, sous l’influence de deux facteurs : la démographie – la population de l’Afrique subsaharienne devrait dépasser les 1,2 milliard d’habitants à l’horizon 2025 –, et le partage des revenus dans l’économie. La part de la population sortie du seuil de pauvreté (moins de 2$ par jour) progresse, et dépasse même la proportion de personnes pauvres dans nombre de pays. Au Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique subsaharienne, les deux catégories sont au coude à coude. Certains pays, comme le Gabon, tirent leur épingle du jeu avec des perspectives économiques et démographiques favorables.

A long terme, le développement des technologies de l’information et de la communication reste un enjeu de taille

Autre indicateur positif, l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC). Le nombre de personnes disposant d’un abonnement mobile a progressé de 90% lors des cinq dernières années en Afrique subsaharienne. Au total, 386 millions de personnes disposent d’un abonnement mobile. Et dans certains pays comme le Gabon ou le Bostwana, le taux d’équipement mobile de la population dépasse les 160%. Une progression qui va de pair avec le développement de services sur internet directement accessibles par téléphone mobile. Des services bancaires via mobile ont ainsi été lancés au Kenya, où près de 60% des propriétaires de téléphones portables déclaraient en 2014 utiliser leur appareil pour transférer de l’argent. D’autres services en ligne sont proposés pour ce qui est des démarches administratives, de l’éducation ou de la santé. Enfin, l’e-commerce se popularise peu à peu, même s’il reste encore largement minoritaire.

Les téléphones mobiles à la rescousse de l’économie africaine ? L’image est belle. Elle ne doit pas être enjolivée. La diffusion des services mobiles peine à se faire à grande échelle, en raison notamment de la couverture extrêmement réduite dans certaines zones rurales. Et si la société Africa Mobile Network a équipé le Bénin avec des stations mobiles alimentées par l’énergie solaire, l’extension reste lente. A long terme, le développement des technologies de l’information et de la communication reste un enjeu de taille : il permettrait de diversifier l’économie des pays d’Afrique subsaharienne. Et de les rendre moins vulnérables aux contraintes extérieures. Celles-là mêmes qui pèsent aujourd’hui sur leur croissance.

Source :  www.challenges.fr