Le 28 mai 2015, la BAD aura un nouveau président

La bataille promet d’être serrée

Après deux mandats, le Rwandais Donald Kaberuka cède sa place à la tête de la Banque africaine de développement (BAD). Huit candidats sont en lice. Qui sera le neuvième président de la BAD, principale institution multilatérale du continent et deuxième bailleur de fonds en Afrique derrière la Banque mondiale ?

Qui sera le prochain président de la Banque africaine de développement ? Si le Nigeria se démène pour décrocher le titre, l’Histoire a montré que les « petits pays » tirent souvent leur épingle du jeu… Le 28 mai, à Abidjan, lors des assemblées générales annuelles de cette institution, c’est au Conseil des gouverneurs, présidé par l’Ivoirien Albert Mabri Toikeusse, que reviendra la difficile tâche de départager les 8 candidats déclarés (dont une femme). Avant le verdict final, le tour d’horizon des candidats, aussi expérimentés que déterminés, mérite qu’on s’y attarde. La bataille promet d’être serrée ! Huit candidats de haut vol au CV bien garni et venus des quatre coins du continent avec un seul et même objectif : diriger la Banque africaine de développement.

Qui pour succéder au Rwandais Donald Kaberuka, qui passera la main en septembre ? « Il n’est pas exclu que le scénario de 2005 se reproduise », car il y a dix ans, les gouverneurs réunis à Abuja n’avaient pas réussi à trancher entre les deux finalistes : Donald Kaberuka et le Nigérian Olabisi Ogunjobi. Le vote avait alors été reporté au mois de juillet. Dans cette nouvelle campagne, c’est l’Afrique de l’Ouest qui s’illustre. Alors que la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) ont présenté chacune un seul candidat (le Zimbabwéen Zondo Thomas Sakala et le Tchadien Bedoumra Kordjé), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sera représentée par quatre prétendants : le Malien Birama Boubacar Sidibé, la Cap-Verdienne Cristina Duarte, le Sierra-Léonais Samura Kamara et le Nigérian Akinwumi Adesina.

Le Nigeria a voulu imposer son concurrent à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. En effet, première puissance économique du continent depuis 2014, le pays de Goodluck Jonathan, premier actionnaire de la BAD devant les États-Unis, est extrêmement déterminé à décrocher la présidence de l’institution, qui dispute à la Banque mondiale la place de premier financier du développement en Afrique. Comme la plupart des candidats, Akinwumi Adesina n’a pas attendu la publication de la liste définitive des candidats, le 20 février, pour lancer sa campagne. Lors des dernières assemblées générales de l’institution, à Kigali, au Rwanda, il s’est montré particulièrement actif pour gagner le soutien des dirigeants (publics comme privés) présents. Puis en octobre, lors des assemblées générales de la Banque mondiale à Washington, celui qui est chargé du portefeuille de l’agriculture au sein du gouvernement nigérian est parvenu à pénétrer le huis clos des ministres des Finances subsahariens. De tous les rendez-vous, le ministre s’est aussi affiché au Forum franco-africain pour une croissance partagée, qui a rassemblé près de 1 000 personnes (dont quatre chefs d’État) début février à Paris. Le lobbying du Nigeria n’inquiète pas outre mesure Bedoumra Kordjé, ministre tchadien des Finances et du Budget. « Cet État a souvent présenté des candidats, mais ils n’ont jamais été élus. La BAD a toujours été dirigée par les ressortissants de « petits pays » [actionnaires africains minoritaires] ». Une réalité que certains contestent aujourd’hui : « La donne a changé depuis que l’Afrique du Sud s’est emparée de l’Union africaine en 2012 ».