Le FMI et la France au chevet de l’Afrique centrale, homme malade du continent

Le FMI et la France ont été les invités surprises vendredi à Yaoundé d’un sommet des chefs d’État de six pays d’Afrique centrale, pour la plupart frappés par la chute du pétrole sur fond de rumeur de dévaluation du franc CFA. La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, et le ministre français de l’Économie, Michel Sapin, ont participé aux travaux de la Communauté économique et monétaire des États d’Afrique centrale (Cemac: Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad).

Une solidarité internationale plus forte

La réunion avait été convoquée d’urgence dans la semaine par le président du Cameroun Paul Biya, qui s’est inquiété dans son discours d’ouverture d’une croissance en berne et du retour de l’inflation dans la sous-région. Victime de la chute des cours du pétrole et des matières premières, l’Afrique centrale apparaît comme l’homme malade du continent par rapport au dynamisme de l’Afrique australe et de certains pays du Maghreb, d’Afrique de l’Est ou d’Afrique de l’Ouest. La croissance en 2016 ne sera que de 1% dans la sous-région, contre 2,4% en 2015, a indiqué cette semaine la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), qui souligne les effets dépressifs de la morosité du secteur pétrolier.

En Afrique de l’Ouest, l’autre zone de prédilection de la France, la Côte d’Ivoire a enregistré une croissance de 8,5% par an en moyenne entre 2012 et 2015 (Banque mondiale), et le Sénégal revendique une hausse de son PIB de l’ordre de 6% pour 2016. « Il y a une très grande différence entre les deux zones, qui rendait nécessaire (…) une solidarité internationale plus forte », a indiqué à l’AFP Michel Sapin à l’issue du sommet. Paris s’inquiète aussi du « double choc » économique et sécuritaire que subissent au moins trois pays de la zone: le Tchad et le Cameroun, mobilisés contre les jihadistes nigérians de Boko Haram, et la Centrafrique, où l’État peine encore à s’affirmer face aux groupes armés après une violente guerre civile. Le sommet n’a mis que quelques heures pour étouffer la rumeur d’une dévaluation du franc CFA, la monnaie des six pays.

Le FMI aurait-il  changé ?

Dès son premier point, le communiqué final affirme « que le renforcement de la stabilité macro-économique ne nécessite pas un réajustement de la parité monétaire actuelle ». Bref, le franc de la Coopération financière en Afrique (CFA) va continuer de bénéficier de sa paritité fixe avec l’euro, garantie par Paris (1 euro pour 655,957 FCFA). L’Afrique francophone avait subi en janvier 1994 une dévaluation de 50% de sa monnaie, créée en 1945 et utilisée par les 6 pays de la Cemac et les 8 membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA, Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo). Autre point fort du sommet de Yaoundé, justifiant la présence de Christine Lagarde : l’ouverture de négociations entre les six pays de la Cémac et le FMI. « Les chefs d’État ont décidé d’ouvrir et de conclure à brève échéance des négociations bilatérales avec le Fonds monétaire international pour mieux structurer les efforts d’ajustement de leurs États », indique ainsi le communiqué final de la rencontre.

« Ajustements », le mot fait peur : les États d’Afrique centrale refusaient jusqu’à présents de passer sous les Fourches Caudines du FMI, dont les exigences étaient jugées trop contraignantes. « Le FMI n’est pas le même que celui des années 90 », veut rassurer Michel Sapin, allusion à cette époque où les réformes se traduisaient par des coupes dans les dépenses publiques et sociales de pays déjà souvent très pauvres. « On a tous souligné la nécessité de préserver les programmes sociaux et les investissements qui permettent de soutenir la croissance et diversifier les économies », selon le ministre français, qui a éludé la question sur les tensions politiques dans la zone. Rien qu’en 2016, la réélection contestée des présidents du Congo (Denis Sassou N’Guesso), du Tchad (Idriss Déby) et du Gabon (Ali Bongo) ont exacerbé la colère d’une partie de la population, en plus de la crise économique. Une sorte d’autre choc que les chefs d’État doivent prendre en compte.