Les entreprises européennes déçues des promesses non tenues de Pékin

Huit mois après le discours tonitruant de Xi Jinping à Davos sur les bienfaits de la mondialisation, la chambre de commerce européenne en Chine presse Pékin de passer de la parole aux actes pour ouvrir davantage son économie aux investissements étrangers. L’Europe hausse le ton contre Pékin. Et pas seulement par la voix du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui vient de proposer un contrôle plus rigoureux des investissements étrangers dans les secteurs jugés stratégiques sur le Vieux continent. Les entreprises européennes présentes en Chine ont, elles aussi, décidé de faire entendre leur mécontentement. Huit mois après le discours tonitruant de Xi Jinping à Davos sur les bienfaits de la mondialisation, l’occasion était trop belle de prendre au mot le président chinois et de lui rappeler ses promesses d’ouverture de la deuxième économie mondiale.

Passer de la parole aux actes

Dans son livre blanc publié récemment, la chambre de commerce de l’Union européenne en Chine demande instamment à Pékin de passer enfin de la parole aux actes, se disant « fatiguée » des promesses non tenues au cours des dernières années. « En passant des mots à des actions concrètes et en offrant un accès réciproque à son marché tant pour le commerce que pour l’investissement, la Chine peut envoyer un signal fort sur le fait qu’elle respecte ses engagements de s’ouvrir davantage au monde et qu’elle établit des règles du jeu équitables », insiste le rapport.

La demande n’est pas nouvelle mais est devenue insistante à mesure que les investissements chinois se sont, eux, multipliés en Europe. Ils ont explosé de 77% l’an dernier (à 35 milliards d’euros), quand, dans le même temps, ceux des entreprises européennes en Chine ont fondu d’un quart (à 4,8 milliards).

Absence de réciprocité

Et si Pékin s’est évertué cette année à limiter les sorties de capitaux, les investissements chinois en Europe se sont tout de même montés à plus de 10 milliards de dollars au premier semestre, dépassant largement les 3,7 milliards investis par les entreprises européennes en Chine. « La réciprocité est un concept qui n’a que trop tardé », lâche la chambre de commerce, représentant 1.600 entreprises. L’OCDE classe la Chine en 59e position sur 62 pays en matière d’ouverture aux investissements étrangers, faisant seulement mieux que le Myanmar, l’Arabie saoudite et les Philippines.

Freins multiples

Passant au crible tous les secteurs d’activités, le rapport dénonce sur 400 pages non seulement le manque de réciprocité mais aussi toute une série de freins pénalisant les sociétés étrangères en Chine, parmi lesquels « des cas de traitement discriminatoire, l’existence de barrières à l’accès au marché, les tendances croissantes vers le protectionnisme », indique Mats Harborn, le président de la chambre. Chaque secteur a sa liste de brimades. L’agroalimentaire, par exemple, fait face à des cas de fermetures de marché sous couvert de réexamen réglementaire « inutile ». Certains fromages européens viennent notamment de se voir interdits d’entrée en Chine par les douanes.

L’automobile tire, elle, à boulet rouge sur les futurs quotas de véhicules électriques que veut imposer la Chine à tous les constructeurs, y voyant une manœuvre pour favoriser les constructeurs locaux. Dans le secteur bancaire, on dénonce vivement les zones de flou de la loi sur la cybersécurité entrée en vigueur en juin, qui oblige les opérateurs d’infrastructures « critiques » à stocker en Chine les données personnelles de leurs utilisateurs.

Recommandations pour changer

A un mois d’un  congrès du Parti communiste chinois crucial pour Xi Jinping, ce rapport est aussi une critique sur le manque de réformes économiques réalisées durant les cinq années de son premier mandat. Ce dernier avait notamment promis de renforcer le rôle du marché dans l’économie.

Les progrès sont trop lents, dénoncent les entreprises européennes, toujours confrontés à des secteurs interdits d’investissement, à des obligations de co-entreprises avec des partenaires locaux ou à des problèmes réglementaires. Et de dresser une liste de près de 800 recommandations pour changer les choses. Un programme clé en main pour le deuxième mandat ? Les entreprises étrangères aimeraient y croire.

Source :  www.lesechos.fr