Les francs CFA d’Afrique de l’Ouest et du Centre seront bientôt librement interchangeables

Le franc CFA en vigueur dans les huit pays de l’UEMOA (Mali, Burkina Faso, Sénégal, Guinée Bissau, Côte d’Ivoire, Bénin, Togo et Niger) devrait bientôt être librement utilisé dans les six pays de la CEMAC (Cameroun, Gabon, Congo, Guinée Equatoriale, RCA et Tchad). Les gouverneurs de la BCEAO, Tiemoko Koné, et de la BEAC, Lucas Abaga Nchama, en ont donné l’assurance le 9 avril 2016 à Yaoundé, la capitale camerounaise, au cours de la conférence de presse de clôture de la réunion semestrielle des ministres des Finances de la zone franc. « Je ne donnerai pas de date exacte, mais c’est pour bientôt, afin de consolider l’intégration de nos deux régions », a souligné Lucas Abaga Nchama. « Nous avons beaucoup travaillé sur la question. Malheureusement, l’évolution de la conjoncture nous amène à prendre des mesures plus rigoureuses », a renchéri Tiémoko Koné.

« Les risques sont devenus beaucoup plus importants »

En effet, a indiqué le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, alors que beaucoup d’avancées avaient été faits sur le chemin de l’interchangeabilité des francs CFA des zones CEMAC et UEMOA, « les risques sont devenus beaucoup plus importants », du fait de la montée du terrorisme dans ces deux parties de l’Afrique et des risques de blanchiment d’argent. Aussi, a-t-on appris, les deux banques centrales travaillent-elles actuellement sur « l’interconnexion des systèmes de paiement » des deux régions, afin d’éviter que l’interchangeabilité des CFA émis par les banques centrales des pays de l’UEMOA et de la CEMAC n’ouvre la porte au financement du terrorisme et au blanchiment d’argent.

Une intégration sous-régionale muée en serpent de mer en zone CEMAC

Au plan économique, alors que la croissance économique dans l’espace UEMOA a culminé à 6,5% en 2015 et est même annoncée à un peu plus de 7% en cette année 2016, dans la zone CEMAC c’est la dégringolade depuis l’année dernière. De 4,8% en 2014, la croissance économique dans l’espace CEMAC a culminé à 2,8% en 2015, en baisse de 2%. En 2016, selon les prévisions officielles, elle est projetée à 2%, soit 5% de moins que les prévisions dans la zone UEMOA.

A l’origine de ce décalage, ont expliqué les experts de la zone franc, il y a d’abord le niveau d’intégration dans les deux espaces. Dans la zone UEMOA, la libre circulation des hommes et des biens en vigueur depuis des années favorise le développement des échanges commerciaux intra-communautaires, les propulsant à 10% en 2014. Dans le même temps, les six pays de la CEMAC affichent un volume d’échanges intra-communautaire de 3% du PIB, parce qu’il est impossible pour les ressortissants de cet espace de voyager sans visa dans la plupart des cas, malgré un discours politique magnifiant une intégration sous-régionale qui semble s’être muée en un serpent de mer.

L’agriculture, un des moteurs de la croissance économique dans la zone UEMOA

Ensuite, ont également conclu les experts de la zone franc, le décalage des performances économiques observé entre les pays de l’UEMOA et ceux de la CEMAC est étroitement lié au niveau de diversification des économies dans les Etats des deux espaces communautaires. De ce point de vue, dans la CEMAC, où seul le Cameroun revendique une relative diversification de son tissu économique, les économies des Etats-membres dépendent étroitement de la production pétrolière, dont cinq des six pays de la communauté sont producteurs. En Guinée Equatoriale, par exemple, les recettes pétrolières représentent jusqu’à 85% de l’enveloppe budgétaire nationale.

Dans le même temps, dans l’espace UEMOA, où les réalités géographiques et climatiques ne sont pas toujours des plus avantageuses, les gouvernants ont réussi à implémenter d’ambitieux programmes d’investissement dans le secteur de l’agriculture. Selon les experts de la zone franc, ce secteur fait partie des moteurs de la croissance économique dans la zone UEMOA, à côté des infrastructures, de l’immobilier, du commerce et des télécommunications. Autant de domaines dans lesquels des pays de la CEMAC présentent pourtant plus d’avantages comparatifs par rapport à ceux de l’UEMOA .

Source : Communiqué final / www.agenceecofin.com