« Lorsque l’on est une femme, c’est encore plus difficile de créer une entreprise et d’obtenir des crédits »

Une femme indépendante, fière de son pays le Gabon et désireuse d’apporter sa pierre à l’édifice. Elle croit fermement que le développement d’un pays passe par l’entrepreneuriat local et une intégration plus importante des femmes dans la prise des décisions du pays. Là sont les convictions de Mme Ongo.

Economie Gabon + : Mme la Directrice Générale, le Comité de rédaction du mensuel Economie Gabon + vous sollicite dans le cadre du dossier sur la « Femme et l’entreprise » pour répondre à quelques questions relatives à la place de la femme dans notre société actuelle étant entendu qu’elle constitue la majorité de la population gabonaise. Pour commencer, quelle est la place accordée à la femme au sein de la société gabonaise en général et au sein des entreprises et institutions du Gabon en particulier ?

Mme Marie-Josée Ongo : D’une manière générale en Afrique, il y a encore d’énormes progrès à faire, mais je suppose que vous souhaitez avoir l’avis de la femme d’affaires gabonaise que je suis ? Eh bien je dois dire que le Gabon est avant-gardiste dans la reconnaissance du rôle de la femme dans le développement d’un pays, ainsi que dans la matérialisation de cette reconnaissance.
Ainsi, nous avons eu une Présidente de la République par intérim, mais Présidente quand même. Elle a su gérer le pays pendant une période extrêmement délicate – une phase de transition pareille n’est jamais aisée et tout pouvait arriver -, grâce à son charisme.
Nous avons une femme Présidente de la Cour Constitutionnelle, juriste émérite qui ne se laisse pas déstabiliser par la pression des affaires souvent délicates sur lesquelles elle est amenée à se prononcer. Je citerai enfin le poste qu’occupe actuellement Mme Raponda Ossouka en tant que Maire de la capitale administrative, Libreville.
Ce sont des exemples forts. Cela étant dit, il me semble que nous régressons, quatre femmes seulement sur la trentaine de membres, si je ne me trompe, disposent d’un portefeuille ministériel.
S’agissant de la place de la femme dans le monde des affaires, d’une manière générale il faut faire un constat évident : l’entrepreneuriat local ne pèse pas lourd dans l’économie locale. Les autorités en sont conscientes.
Il faut louer les projets actuels des autorités pour le renforcer. Nous pouvons citer les différentes formations dispensées actuellement par l’Entreprenarium du Gabon (EdG) à des entrepreneurs gabonais, le projet d’incubateur national des jeunes entrepreneurs, par exemple.

Je dois aussi dire qu’il faut que les autorités se penchent sérieusement sur ce dossier tant il y a encore du chemin à faire. Dans ce domaine, il faut d’abord partir de l’évidence et reconnaître que nous n’avons pas, contrairement aux femmes de l’Afrique de l’Ouest, la « culture d’entreprise », entreprise entendue comme un projet d’affaire mis en oeuvre pour produire des biens ou des services et dont l’objectif est de générer des revenus (quelles que soient la taille, la structuration et la sophistication du management). Le taux d’implication des femmes dans les affaires reste insuffisant, on parle seulement de 20% des entreprises nationales créées par des femmes.
Il faut dire que la femme fait face à de nombreux obstacles, on citera la prudence naturelle, qui est une qualité intrinsèque, mais s’oppose à l’audace naturelle qui devrait animer toute personne qui veut se lancer dans les affaires. Mais cela dit, comme je le soulignais plus haut, nous sommes chanceux de jouer ce rôle.

EG+ : Les femmes ont souvent du courage et de l’opiniâtreté, mais moins de confiance en elles pour aller dire qu’elles sont les meilleures. Quel est votre jugement ?
C’est exact, j’allais effectivement citer ce trait de caractère au titre des obstacles. Cela tient à la culture. Pendant longtemps la femme s’est cantonnée au rôle d’épouse soumise et obéissante (ces deux qualités réjouiront les religieux purs et durs) et de ce fait on développe inconsciemment chez elle l’esprit d’assistanat, l’inertie et le manque d’initiative.

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