Pétrole : le chemin long et étroit de l’OPEP

Les cours du pétrole se sont repliés depuis le sommet de l’OPEP à Vienne. La décision du cartel de poursuivre sa réduction de production ne suffit pas, pour le moment, à redresser les prix du brut. En effet, après avoir atteint récemment leur niveau le plus élevé depuis plus d’un mois, les cours du pétrole ont brutalement chuté jeudi dernier, avec l’annonce par l’OPEP de l’accord sur la prolongation durant neuf mois de la réduction de la production de 1,8 million de barils par jour, soit 2% de la production mondiale. Cette décision était attendue et avait été largement intégrée dans les cours. Elle a déçu en outre certains investisseurs qui souhaitaient une réduction plus importante et plus longue afin de soutenir plus fortement les cours. Résultat, le baril de Brent a cédé 3,6% à 51,6 dollars en une semaine et le baril de WTI américain, 3,2% à 48,7 dollars. Mais le rééquilibrage du marché pétrolier est en cours.

C’est un chemin étroit et long que suit l’OPEP depuis novembre dernier pour redresser les cours du brut. Long puisque malgré sa décision de reconduire de neuf mois la baisse de production de ses membres, jeudi dernier, l’organisation a échoué à faire rebondir les cours. Ils se sont même repliés de 5 % le jour même. Les marchés n’ont pas été convaincus par ce qu’ils ont pris comme une mesure trop timorée : les traders attendaient, soit une prolongation plus durable, d’un an, soit une baisse de production plus forte de la part des pays exportateurs de pétrole, au-delà de 1,8 million de barils par jour. Nombre auquel l’OPEP et ses alliés, dont la Russie, renoncent déjà collectivement. Les marchés s’inquiètent aussi de savoir comment, au printemps prochain, l’organisation sortira sans dommage de la discipline qu’elle s’impose.

L’OPEP doit maintenir le prix du baril entre 50 et 60 dollars pour décourager les forages nord-américains

C’est également un chemin étroit qu’emprunte l’OPEP puisque, en tentant de faire remonter les cours, et elle y est parvenue depuis six mois, elle favorise l’essor de la production concurrente des Etats-Unis, mais aussi du Canada – la province de l’Alberta est à nouveau un eldorado pétrolier, non plus pour ses sables bitumineux, mais pour ses pétroles de schiste. L’OPEP doit donc pour l’instant maintenir le prix du baril entre 50 et 60 dollars pour ne pas trop encourager les forages nord-américains.

Le chemin de l’Opep mène pourtant au but, estime Francis Perrin, président de Stratégie et politique énergétiques, à savoir au rééquilibrage du marché pétrolier. Si la production des Etats-Unis progresse d’un million de barils par jour, en un an, elle ne compense pas 1,8 million de barils par jour manquant des pays de l’Opep et consorts. Or la demande de pétrole, elle, continue d’augmenter d’1,3 million de barils par jour. Fatalement, cette demande va mordre dans les stocks des pays consommateurs. Même si ces stocks sont encore pléthoriques, ce sera un signal psychologique pour les traders que les prix du pétrole doivent remonter. Et ce signal pourrait intervenir d’ici à la fin 2017. À condition que les pays de l’Opep poursuivent scrupuleusement leur réduction de production, et si leurs alliés hors de l’Opep, Russie en tête, contribuent à l’effort tout de suite, ce qu’ils n’ont pas fait au cours des six premiers mois.

Source :  www.rfi.fr