Pour la promotion d’une filière apicole au Gabon

20 décembre 2017, Libreville – À l’occasion de la clôture du Projet d’appui à l’apiculture dans les forêts communautaires au Gabon porté par l’Agence d’Exécution des Activités de la Filière Forêt Bois (AEAFFB) et mis en œuvre avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) depuis juin 2015, les principales parties prenantes de la filière apicole naissante au Gabon se sont réunies pour discuter des priorités d’action en vue de développer une filière apicole durable au regard de ses nombreuses potentialités.

Pratiquée depuis l’antiquité, l’apiculture, et a fortiori l’apiculture moderne, reste encore méconnue et de ce fait ignorée dans les politiques de développement agricole au Gabon. Le miel produit localement y est principalement du miel sauvage, collecté de façon traditionnelle et artisanale selon des pratiques peu respectueuses de l’environnement, avec des rendements à très faible impact sur le développement rural. En outre, cette production ne permet pas de répondre à la demande nationale en miel, car la quasi-totalité du miel consommé au Gabon, en particulier dans les centres urbains, est importée des pays européens et depuis peu du Brésil et du Cameroun. Le Gabon dispose pourtant d’un capital naturel propice au développement de l’apiculture et à la mise en place d’une filière : existence de souches d’abeilles sauvages adaptées pour la domestication, environnement mellifère et pluviométrie appropriée. L’absence de pollution et d’usage intensif de produits phytosanitaires en milieu rural est également favorable à la production de miel « bio », produit très prisé aussi bien au niveau local qu’international.

Dans ce contexte, l’AEAFFB, établissement public chargé d’accompagner les forêts communautaires dans la mise en œuvre de leur plan simple de gestion au Gabon, a identifié la filière apicole comme une filière d’avenir pour les forêts communautaires. Cette agence cherche en effet à diversifier les activités économiques des forêts communautaires en identifiant et en soutenant le développement de filières responsables capables de compléter les revenus des populations, en ciblant plus particulièrement les jeunes et les femmes, tout en limitant les tentations d’exploitation illégale du bois.

Afin de tester et évaluer les potentialités de l’apiculture, l’AEAFFB a sollicité l’appui de la FAO pour mener un projet de coopération technique intitulé « Appui à l’apiculture dans les forêts communautaires au Gabon ». En conformité avec la vision stratégique nationale de développement durable (pilier Gabon vert du Plan Stratégique Gabon Émergeant) et avec les engagements nationaux vis-à-vis des Objectifs de Développement Durable (notamment les ODD1, 2, 3 et 15), ce projet vise la réduction de la pauvreté en milieu rural et la gestion durable des ressources naturelles par la production et la commercialisation de miel et d’autres sous-produits dérivés de l’apiculture (cire, propolis etc.).

Une approche par recherche-action pour une meilleure appropriation par les communautés

Compte tenu des connaissances encore embryonnaires sur les normes techniques d’élevage des abeilles adaptées au contexte gabonais et du caractère totalement nouveau de l’activité pour les membres des associations en charge des forêts communautaires, le projet s’est appuyé tout d’abord sur une approche de sensibilisation et d’information pour faire connaître l’apiculture moderne et identifier des sites et personnes volontaires pour l’établissement d’unités de production pilotes. Cette démarche a permis d’identifier et de limiter quelques freins socio-culturels au développement de la filière, notamment la peur des abeilles répandue parmi les populations rurales ainsi que la faible implication des femmes dans les activités traditionnelles de collecte de miel.

« Je me suis intéressé à ce projet sans savoir qu’il me permettrait d’avoir des revenus et de pouvoir prendre soin de ma famille. Aujourd’hui, grâce à la FAO et au Gouvernement, je peux affirmer que l’abeille a changé ma vie », déclare Patrick Imbenga, bénéficiaire membre de la forêt communautaire Matema Nguema Nze (Nze Vatican).

« Avec les moyen techniques à notre disposition, nous espérons avoir une récolte estimée à 1 tonne pour un début, qui peut nous rapporter environ 5 millions de F CFA », précise Hubert Bled Elie Nloh, Président de l’association A2E Ebyeng-Edzuameniène.

Dans un deuxième temps, une approche de recherche-action a été utilisée pour renforcer les capacités de cinquante apiculteurs « en herbe », vulgariser les techniques apicoles et rendre opérationnelles huit unités pilotes de production de miel sur les sites d’Ebyeng Edzuaméniène, Nze Vatican, Massaha et Ngokoéla dans l’Ogooué Ivindo, de Djoutou dans le Haut Ogooué, de Nkang et Ayéguéning dans le Woleu-Ntem, et d’Ongam dans l’Estuaire.

« En prenant le temps d’observer et d’adapter les pratiques au contexte de chaque forêt communautaire, nous avons pu susciter l’envie auprès des communautés villageoises de s’adonner à cette activité, une envie qui est désormais palpable au regard des résultats atteints : 6 mini-mielleries sont fonctionnelles, 28 ruchers ont été installés comptant plus de 200 ruches attribuées aux communautés avec des taux de domestication des abeilles très prometteurs. Les premiers produits issus de cette activité sont disponibles et vont pouvoir être commercialisés dans les villes les plus proches dans un premier temps », se réjouit Arsène Nsimaga, Consultant National du projet.

Les activités de formation ont également visé le renforcement des capacités pour la fabrication locale de quelques intrants fondamentaux pour le développement de la filière. Une unité de production expérimentale a ainsi été installée sur le site d’Ebyeng-Edzuaméniène avec sept menuisiers formés à la construction de ruches de type kenyan et cinq couturières formées à la confection de combinaisons de protections.

De nombreux défis restent à relever pour développer la filière apicole

L’expérience menée dans le cadre du projet « Appui à l’apiculture dans les forêts communautaires au Gabon » a eu des résultats encourageants mettant en évidence les potentialités du secteur pour le développement de l’entreprenariat rural, notamment auprès des jeunes et des femmes, avec des techniques facilement accessibles à tous. La pratique de l’apiculture constitue par ailleurs une des rares activités économiques pouvant avoir un impact écologique positif, car elle stimule la pollinisation des plantes et donc la productivité des écosystèmes, qu’ils soient naturels ou anthropisés. Sans oublier l’apport que constitue le miel en termes de sécurité alimentaire et nutritionnelle et de santé au regard des vertus reconnues de cet aliment et de certains autres sous-produits de l’apiculture (cire, pollen, gelée royale etc.). Le Gabon aurait donc tout à gagner à miser sur cette filière.

Néanmoins, malgré l’engouement suscité par le projet auprès des associations des forêts communautaires, les parties prenantes de la filière s’accordent à dire que de nombreux défis restent à relever pour que la filière puisse se développer et permettre aux associations des forêts communautaires et aux autres structures entrepreneuriales intéressées au Gabon d’en vivre. La nécessité d’une réelle prise en compte de cette activité dans les politiques nationales de développement s’impose comme un prérequis à l’extension à plus grande échelle des expériences pilotes telles que celles menées dans le cadre du projet AEAFFB-FAO, à une meilleure coordination des efforts notamment entre les services techniques sectoriels concernés (élevage-agriculture, forêts-environnement, commerce et recherche), le secteur privé et les partenaires techniques et financiers, et enfin à la mise en place d’une véritable filière apicole nationale organisée et compétitive.

Aussi, « avec tous les aspects positifs de la filière et les nombreux acquis du projet, il ne faudrait pas que cette initiative s’arrête là. Nous devons tout faire pour soutenir la mise en place d’une filière apicole au Gabon de telle sorte que nous trouvions sur le marché du miel gabonais de qualité et que les associations des forêts communautaires intéressées puissent s’intégrer à cette filière comme des partenaires de production » conclut , Coordonnateur National du projet.