Sauver les orangs-outans grâce à l’huile de palme certifiée durable ?

L’huile de palme responsable et durable peut sauver les orangs-outans d’Indonésie, mais aussi les grands singes d’Afrique centrale, estime le primatologue français Marc Ancrenaz. Le scientifique installé à Bornéo depuis 20 ans était cette semaine de passage à Paris.

Sauver les orangs-outans indonésiens et les grands singes africains grâce à l’huile de palme certifiée durable ? L’idée peut sembler provocatrice. C’est pourtant celle du primatologue Marc Ancrenaz, co-fondateur et directeur scientifique de l’ONG française HUTAN, il gère le « Kinabatangan Orangutan Conservation Programme » à Sabah, la province malaisienne de l’île de Bornéo.

Il travaille particulièrement sur l’adaptation des orangs-outans à la dégradation de leur milieu naturel : « Nos recherches à Sabah montrent que certains orangs-outans commencent à utiliser les palmeraies établies, il y a quelques années. Ils quittent la forêt pour rentrer dans les palmeraies, ils arrivent parfois à faire des nids dans les palmes, à se nourrir des fruits, ils se déplacent au sol pour bouger d’une forêt à l’autre en traversant les plantations. L’évolution se fait devant nos yeux : on a des animaux intelligents, versatiles et adaptables, qui commencent à utiliser un nouveau milieu, le milieu agricole. »

L’orang-outan peut survivre à condition qu’il n’y ait pas de chasse et qu’il lui reste des zones de forêts préservées, insiste Marc Ancrenaz. « Des zones qui sont vraiment importantes pour la biodiversité, il faut être sûr de les conserver, de ne pas y toucher. Ensuite tout autour de ces zones qui seraient protégées, qui ne seraient pas développées, mettre en place des pratiques qui respectent l’environnement, par exemple en respectant des corridors de forêt le long des rivières, ou en créant des petits isolats de forêts à l’intérieur des plantations, pour créer une mosaïque, une variété, une diversité dans le paysage. Cela permettrait à de nombreuses espèces de survivre, de se promener à l’intérieur des plantations », ajoute-t-il.

Exiger la certification RSPO pour les plantations de l’huile de palme

Il est illusoire de vouloir empêcher l’extension de la culture de l’huile de palme, estime le primatologue, il faut exiger la certification RSPO pour les plantations d’huile de palme. Une certification renforcée, qui imposerait au minimum 10% d’espaces vierges et une gestion de la vie sauvage dans la plantation. Il y a urgence : en Indonésie, 60% des zones allouées à l’huile de palme par le gouvernement n’ont pas encore été développées et elles abritent 10 000 orangs-outans. En Afrique équatoriale, ce sont les gorilles, les chimpanzés, les bonobos et les éléphants qui sont menacés par le développement de l’huile de palme, s’il est mené de façon anarchique.

Source :  www.rfi.fr