Un passeport africain, pour quel voyage ?

L’idée du passeport africain est devenue une réalité, mais pour quel voyage ? La question reste posée dès lors que la validation de ce passeport n’a pas été négociée avec le partenaire de l’UE et encore moins validé dans les régions comme la CEMAC/CEEAC où les pays ne sont pas encore intégrés. Malgré les retards constatés dans l’intégration, les chefs d’Etat réunis à Kigali ont, à l’occasion du 27e sommet de l’UA, reçu symboliquement, avec les membres de leurs délégations, leurs parchemins. C’est une excellente nouvelle pour tous les panafricanistes. Bientôt le Sud-Africain et le Burkinabé ou le Marocain auront le même passeport pour voyager.

Oui, le Maroc est de retour aussi dans la grande famille africaine. Sorti avec fracas en 1984 suite à l’intégration de la République Arabe Sahraouie Démocratique au sein de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ancêtre de l’UA, le Maroc rejoint de nouveau la grande famille africaine. Le retour d’un pays aussi stratégique que le Maroc dans l’organisation panafricaine et l’établissement d’un passeport continental sont de bons signaux pour la construction de l’intégration du continent. Les pères fondateurs de l’unité africaine peuvent se féliciter de cette avancée… Ils doivent se demander aussi : un passeport, pour aller où ? Pour quel voyage ? On va en rester au symbole ou c’est le début d’un processus irréversible vers l’intégration africaine ? Il ne faut nullement occulter le fait que le chemin de cette intégration est encore très loin et semé d’embûches. Parmi celles-ci, figurent les visas entre certains pays africains mais surtout le financement même de l’outil devant construire cette unité.

Le chemin de cette intégration encore  très loin et semé d’embûches

En effet, 72% des 522 millions de dollars du budget de l’UA provient des financements extérieurs. Seuls 7% des États membres payent normalement leurs cotisations. Le pire est qu’elle est financée par des pays occidentaux qui ne se privent pas évidemment d’accentuer leur domination sur les économies africaines. Qui paye dirige… En finançant les institutions du continent, ces pays ont en contrepartie une mainmise totale sur les ressources du sous-sol africain. Dans cette perspective, l’intégration africaine ne sera que chimère. En décidant d’inverser la tendance comme annoncé à Kigali, les chefs d‘État de l’UA prennent une décision courageuse et font montre d’une ambition certaine. C’est annoncé, le passeport est prêt, reste qu’à prendre le vol…Passons aux actes.

Source :  www.reussirbusiness.com